Un groupe de sept élèves de seconde du lycée de l'Image et du Son d'Angoulême (option cinéma et audiovisuel) était au Festival de Cognac pour un atelier critique animé par Pascal Vimenet, réalisateur, critique et enseignant. Voici leurs impressions après quelques kilomètres de pellicules engloutis :


Frozen days de Danny Lerner

Résumé : Meow, jeune fille vivant dans le milieu de la nuit erre dans les rues et les lieux branchés de Tel Aviv. Elle subsiste en vendant de la drogue. Cette vie monotone va être bouleversée à la suite d’un choc violent qui remettra en cause son existence.

Avis : Autour du thème archi rebattu de la quête d’identité, Danny Lerner signe une œuvre esthétiquement travaillée au scénario habilement ficelé, sorte de boucle sans fin où son héroïne, prisonnière d’un labyrinthe psychologique, sombre petit à petit dans la folie. Un état de fait que le jeune cinéaste accentue joliment en jouant sur le noir & blanc et ses contrastes ou en faisant apparaître brièvement la couleur à l’instar du Rusty James de Coppola. Un exercice de style relativement malin qui laisse matière à réflexion sans pour autant convaincre totalement.

Audrey Pillet et Laure Delage


PTU de Johnnie To

Résumé : Un officier de la police Tactical Unit part avec son équipe à la recherche de l’arme volée du sergent Lo. Utilisant parfois des méthodes douteuses, la PTU symbolise une autorité absolue dans les ghettos des grandes villes orientales.

Avis : Le stakhanoviste du cinéma asiatique nous revient ici en grande forme. Toujours aussi fin technicien, Johnnie To brosse un tableau de violence et de corruption avec grâce et élégance. Avec une mise en scène originale, il instaure une ambiance unique faite d’ombres envahissantes, véritables reflets de l’âme humaine de ses personnages. Saisissant !

Tom Drake


Exilé de Johnnie To

Résumé : Trois tueurs à gages ont pour mission de tuer l’un des leurs, qui a abandonné le milieu pour une vie sûre et tranquille avec sa femme et son jeune fils.

Avis : Quarante-deuxième long-métrage de Johnnie To, Exilé, étrange polar sentimental, bouleverse et touche par son authenticité. C’est tout en finesse que le cinéaste signe une œuvre émouvante où la violence des hommes s’oppose à la douceur des sentiments. L’intrigue suspendue, les rebondissements impressionnants et les silences glacials donnent un effet sombre et angoissant. Mais, par la force d’une longue et sincère amitié, de l’amour, de la maternité et de l’humour fin et moqueur, un sentiment de chaleur se dégage de ce cercle infernal où chacun à un compte à régler et où le déclic de la gâchette peut retentir à chaque instant.

Anouk Gonzalez


No mercy for the rude

Résumé : Killa ,un homme ayant des problèmes d’élocution souhaite subir une opération pour mettre fin à son handicap. Pour cela il doit réunir une forte somme d’argent et décide donc de devenir tueur à gage. Passionné de corrida, il tue ses victimes avec la grâce d’un toréador achevant un taureau.

Avis : En instaurant un humour décalé et des personnages farfelus dans une histoire pourtant assez tragique, le réalisateur nous offre une œuvre particulièrement divertissante. La mort, ici, n’est plus terrifiante, elle devient risible notamment lors d’une épatante séquence d’ouverture. Rempli d’humanité, développant habilement les relations entre les divers personnages, hauts en couleurs, No mercy for the rude dresse un portrait touchant d’un métier pour le moins répréhensible. Un joli coup d’essai !

Audrey Pillet


Le feu sous la peau de Paul Goldman

Résumé : Katrina Skinner, 19 ans et déjà mère, se prend pour une femme fatale, bien qu’en réalité elle ne soit encore qu’une adolescente. Elle est passée maître dans la manipulation des hommes, les poussent même pour ses beaux yeux à commettre le pire.

Avis : Satire sociale et critique de la nature humaine, Le feu sous la peau dresse un état des lieux pertinent de la culture anglo-saxonne, maniérée, rigide et fermée. Malsain mais toujours très réaliste, le film nous donne à voir une actrice plus que prometteuse qui nous entraîne dans un univers noir, tourmenté et pourtant ô combien banal pour des millions de gens.

Laure Delage


A very british gangster de Donald MacIntyre



Résumé : L'itinéraire de Dominic Noonan, caïd et gangster respecté de tous et ses jeunes recrues, fait de croisements sans fin, de démêlés avec la justice et de règlements de comptes dans la banlieue pauvre de Manchester.



Avis : Malgré la violence du milieu, c'est un esprit familial qui domine le documentaire. En effet, Dominic est plus perçut comme le "papa" que le patron. Violent et dur dans ses propos, " A very british gangster" n'en ait pas moins une leçon de solidarité, où hommes et femmes de tout âge se sert les coudes.



Documentaire soigné, A very british gangster laisse transparaitre un esprit familial détonnant eu égard à la violence du milieu décrit. Le « héros », Dominic, est effectivement plus perçu comme le papa que le patron. Conséquence directe, on éprouve de la sympathie pour cet homme presque trop gentil pour être gangster. Un contraste saisissant avec la violence et la dureté des propos tenus mais qui fait du film une œuvre remarquable, véritable leçon de solidarité où hommes et femmes de tout âge se servent les coudes.

Louise Guiot